Luc Mattenberger, Installationsansicht, 2008
Passion ardente, 2008
Une légère odeur de frite, Usine Kügler, 2008
Emergency Case, Wandmalerei, 2008
140 hours running art gallery, zwanzigquadratmeter, 2008
Eigens für den Projektraum zwanzigquadratmeter konstruiert der junge Genfer Luc Mattenberger eine faszinierende, fast lebendig wirkende Maschine mit dem Titel 140 hours running art gallery. Sie wird angetrieben von altem Frittieröl aus umliegenden Friedrichshainer Imbissbuden, dass sie in 140 Stunden brummend, speiend und geruchsintensiv um ihrer selbst willen verbraucht und recycelt.
Kein ungewöhnliches Set up für Luc Mattenberger, der immer wieder Maschinen und Motoren zu Kunstwerken umfunktioniert und mit 140 hours running art gallery zum ersten mal in Berlin zu Gast ist. Für sechs Wochen hat er auf Einladung von Eric Emery, dem Kurator von zwanzigquadratmeter, die Installation in Berlin entwickelt.
Un peu âcre, doucereuse même...Suivre ce parfum d'huile usée. Parcourir le chemin olfactif pour déchiffrer l'énigme. Parvenir à une cour intérieure, poursuivre l'intrigue qui se dérobe. Odeur pénétrante, presque dérangeante. Surtout en ces lieux. N'est-ce pas là l'emplacement d'une galerie d'art ? On en douterait, les vingt mètres carrés de la bien-nommée zwanzigquadratmeter, soudainement envahis de bruit et de fureur.
Elle apparaît enfin, déchirant le mystère, elle trône en plein milieu de la pièce, sur son piédestal blanc. La machine. L'origine de tout, ou presque. Depuis les grandes années de l'utopie du progrès, celle des révolutions industrielles de la fin du XVIIIe siècle, elle accompagne toutes les avancées humaines. La machine: celle qui permet nos gestes quotidiens, qui sèche nos cheveux le matin et mélange la soupe le soir, elle nous emmène sur la route du sud ou l'autoroute du nord, dans l'inévitable quatre-roues. Elle abreuve aussi le supermarché, laboure les champs et coupe le gazon. Il suffit d'un simple clic pour la mettre en marche.
L'habitude et l'omniprésence de ces objets ont ôté toute splendeur à ce qui les meut. Et plus rien ne nous y émeut. Leur mécanisme nous étant délibérément et invariablement caché. Dans 140 HOURS RUNNING ART GALLERY, Luc Mattenberger éveille à nouveau à cette beauté, trop souvent dénigrée. Soulevons le capot ! Et redécouvrons le moteur et ses rouages. Le voici présenté sur son socle, telle une pièce de musée. Serait-ce alors la relique d'un temps qui disparaît ? L'utopie industrielle n'est plus, le moteur reste. Il reste, mais il est oublié, occulté. Luc Mattenberger répare ce défaut de vision et aiguille notre regard sur cet objet sculptural. L'artiste magnifie le cylindre, fait naître le pot d'échappement, esquisse le filtre à air. Les formes apparaissent, les volumes se dessinent, dans toute leur grâce géométrique. Une indéniable magie émerge de cet objet, mystérieux et opaque pour beaucoup. Coulissements de pistons, mouvements de soupapes, déflagrations prédisant l'explosion. Deux temps, trois temps, quatre temps, c'est une valse qui nous est jouée.
La machine vit ! Elle ronronne, tousse, aboie ou gronde selon la partition du moment. Elle respire et frémit, en attente d'une mission. Qui ne sera ici que celle de se montrer dans sa nudité la plus magnifiée, telle une Vénus naissant d'un concert de pistons, émergeant d'une brume polluée, dans des senteurs de friture brûlée. Poésie et provocation chantent ici sur une même mélodie. L'artiste éveille et réveille. Pour un nuage de fumée rendu visible, combien nous empoisonnent ?
En mettant en scène une odorante pollution, alimentée par l'huile usée des restaurants du quartier, Luc Mattenberger attire notre attention sur les solutions factices apportées aux maux environnementaux. Moteur Diesel et carburant végétal sont désormais érigés en unique issue au problème des énergies fossiles. Mais qui assumerait le parfum permanent d'innombrables voitures roulant à l'huile de friture? Aux visiteurs de 140 HOURS RUNNING ART GALLERY de le dire...
Séverine Fromaigeat, 2008
This is not a Lullaby, Centre d'Art Neuchâtel (CAN), 2008
This is not a Lullaby, Centre d'Art Neuchâtel (CAN), 2008
La poésie toxique des moteurs à essence
Le Sac à dos à moteur (2007) de Luc Mattenberger intrigue. A première vue, il semble
pouvoir servir à tondre une pelouse, à tailler des haies, à dégager des feuilles mortes, ou,
dans un autre registre, à propulser un individu dans les airs tel un apprenti astronaute.
Mais aucune de ces actions n'est possible, car ce moteur ne fait pas fonctionner de
machines 'utiles'. Cependant, ce n'est pas non plus un objet dit 'inutile', qui, dans le
champ de l'art, pourrait être qualifié simplement de sculpture. En effet, ce moteur deux
temps peut tourner, c'est-à-dire produire du bruit, de l'odeur, des taches. Cet engin portatif
consomme du carburant et pollue, pour rien, juste pour lui-même. Il s'agit d'un objet
écologiquement et politiquement incorrect, qui, d'un point de vue artistique, propose
une position aussi dérangeante que radicale sur le statut de la sculpture, de la (non-)
performance et de la participation du spectateur.
Le Sac à dos à moteur ne revendique pas la beauté poétique des machines utopiques de
Panamarenko, ne propose pas de critique consumériste à la manière des compressions
de châssis d'un César et ne concède en rien à la fétichisation glamour des moteurs en
bronze de Sylvie Fleury. Son apparence est également très éloignée des voitures utilisées
comme constituants d'oeuvres par des artistes aussi différents qu'Olaf Breuning,
Alain Bublex, Bertrand Lavier, Sarah Lucas, ou encore des chorégraphies de motards
conçues par Lori Hertzberger, des installations de motos programmées de Fabien Giraud
ou des courses de mini-motos organisées par Sophie Dejode et Bertrand Lacombe. Sac
à dos à moteur est une oeuvre très directe, même si les éléments qui la constituent sont
d'origines hybrides : le moteur de mini moto et les bretelles de débroussailleuse ont
été achetées en pièces détachées, la position du pot d'échappement a été modifiée,
le réservoir et le support métallique sur lequel sont fixés les différents éléments ont été
fabriqués sur mesure. Bien que cet objet de proportion humaine soit présenté éteint et
suspendu à un crochet, l'odeur de benzine et les taches de graisses au sol induisent une
utilisation épisodique, qui cependant garde sa part de mystère. Une fois le moteur en
marche, y a-t'il un danger pour les personnes aux alentours, ou pour le porteur du sac. Et
ce dernier est-il un sauveteur potentiel ou, à l'inverse, une bombe humaine en puissance
? Il peut arriver que l'on croise un individu muni du Sac à dos à moteur pétaradant au
milieu de la foule. Cette éventualité ne nous apportera toutefois pas toutes les réponses
aux questions que cette oeuvre peut poser, car la puissance, voire la violence qui lui est
inhérente, est avant tout contenue dans l'observation de l'objet 'au repos'.
La Disqueuse à essence (2007) évoque également un usage potentiel et l'utilisation d'un
carburant polluant. Par contre, cet objet, issu d'un magasin d'outillage sans avoir subi
de modification, est inaccessible, du moins dans son état d'exposition, puisqu'il est
enfermé dans une caisse en tôle zinguée, ajourée d'une baie vitrée. Sur le côté, un petit
instrument métallique, rouge, évoque immédiatement la formule 'briser la glace en cas
d'urgence', que l'on associe à un geste de sauvetage en cas d'accident. Toutefois, le
recours à cet acte d'urgence donnerait accès à une machine puissante normalement
utilisée pour couper du métal ou ouvrir une paroi. Cet outil permettrait aussi bien de créer
des accès pour sauver des vies, que de scier des barreaux pour s'échapper d'une prison
ou encore, dans une situation plus extrême, de semer la terreur, à la manière d'un Jack
Nicholson hystérique dans The Shining de Stanley Kubrick.
Le monde de Mattenberger est habité d'objets bizarres, prêts à bondir et à chambouler
l'ordre des lieux dans lesquels ils apparaissent. Sur la simple pression d'un démarreur,
son Excavatrice (2006) pourrait déchiqueter un parquet au moyen de ses lames acérées.
De même, Baignoire à moteur hors bords (2006) peut provoquer, comme son titre
l'indique, un remous tonitruant dans une banale baignoire remplie d'une eau imprégnée
d'huile. Dans tous les cas, des effluves de pétrole donnent aux lieux où sont présentés
ces oeuvres un caractère de garage aux antipodes du classique espace dévolu à l'art.
Ces objets ne sont toutefois pas autonomes, comme paraît l'être le camion citerne - dont
on ne voit jamais le conducteur - dans le film Duel de Steven Speilberg, ou la Plymouth
1957 dans Christine réalisé par John Carpenter. Au contraire, chez Mattenberger, bien
que toutes ses oeuvres soient opérationnelles, la mise en fonction de la machine reste
de la responsabilité de chacun.
Luc Mattenberger aime les moteurs et en connaît parfaitement le fonctionnement. Il est
un sculpteur qui explique le mouvement synchrone des pistons, un peintre qui décrit
les giclées de carburant sortant du pot d'échappement, un musicien qui analyse les
explosions sonores du moteur, un parfumeur qui hume l'odeur de la vieille huile brûlée.
Sa poétique toxique des moteurs à essence est autant motivée par une fascination pour
des machines qui vont petit à petit disparaître, que par une mise en évidence de l'aspect
dérisoire et potentiellement dangereux de cette fascination - tout spécialement masculine
- qui contamine depuis plus d'un siècle une bonne partie de la population mondiale.
Le rôle des machines actionnées par des moteurs à essence, avant de devenir un problème
planétaire, a accompagné des épopées parmi les plus folles de la modernité :
l'industrie, la voiture démocratisée, l'aviation, le commerce, les progrès technologiques,
la conquête de l'espace, etc. Sans moralisme, l'art de Mattenberger interroge égallement
la notion de pollution, non seulement dans la ville et la nature, mais aussi, dans un sens
plus figuré, dans le monde de l'art. Un jour peut-être, sera-t-il également significatif au
sein d'un patrimoine industriel et culturel révolu, celui qui, pour fonctionner, s'abreuvait
à la station service ?
Jean-Paul Felley & Olivier Kaeser, 2007
directeurs d'attitudes - espace d'arts contemporains, Genève / www.attitudes.ch
86 hours running container, 2006
Container 20 pieds, moteurs, fûts, essence 1:40, bois.
"Un son inimitable, celui des moteurs deux temps, une odeur toxique de vieille huile brûlée,
la poésie du nuage bleu qu'ils crachent sans relâche et l'invraisemblable déluge de feu qui se
produit en leur sein. // 34 explosions les secouent chaque seconde, ainsi chaque 34e de seconde,
le piston descend du point supérieur de sa course, projeté avec violence à plus de 16 mètres
seconde par l'expansion des gaz brûlés, par la déflagration qu'il vient d'essuyer. // Sans même
attendre d'avoir atteint le bas du moteur, il laisse s'entrouvrir les
lumières d'admission et d'échappement, libérant le passage au mélange gazeux détonant
qui s'engouffre sans attendre dans le cylindre. // En parallèle, les résidus de la combustion
sont poussés vers l'échappement, accompagnés de quelques gaz frais échappés.
Mais ils sont immédiatement repoussés en arrière vers la chambre de combustion par
la contre-onde de choc du double cône du pot dit à détente, pour y être brûlé comme les autres. //
Le piston entame donc à nouveau sa montée, refermant les portes d'entrée et de sortie et
commence à comprimer le mélange air-essence-huile en provenance du carter pompe à
près de 8 fois son volume initial, pour atteindre quelques ridicules 3 centimètres cubes. // C'est
alors que la bougie crache sa petite, mais puissante étincelle, laissant une nouvelle explosion retentir."
Texte de l'artiste, 86 hours runnig container, les vrais durs ne dansent pas, esba 2006
Lustres, 2007
Artistes et créateurs d'aujourd'hui, bourse des fond Berthoud,
Lissignol-Chevalier, Galland 2008 - Centre d'art contemporain, Genève
Moteur monophasé, courroie trapézoïdale lisse, acier laqué, acier chromé,
doigts en polymère souple, sangle
Disqueuse à essence, 2007
Kunstpreis der Nationale Suisse, Liste 07, Bâle
Disqueuse à moteur 2 temps, métal, verre, marteau brise glace
Collection privée
Putsch, 2007
Cuir naturel, chaînes de levage, bois, métal
Baignoire à moteur hors bord, 2006
Baignoire, moteur hors-bord deux temps, bois
Excavatrice, 2006
Plancher en panneaux batipin, machine, bicylindre quatre temps, roues, lames d'acier.
"Prête à bondir, une grosse cylindrée_ toxique_ pollueuse d'espaces clos s'égosille à revendiquer un
droit à la pollution, à l'existence ; elle ne semble attendre qu'une main courageuse pour s'enclencher
à nouveau. // Prête à agresser sans répit cette architecture, à s'attaquer aux fondations, jusqu'à ce
que son conducteur en équilibre permanent ne parvienne plus à maîtriser son prolongement mécanique et finisse
par être débordé, blessé, vulnérable. // Cicatrice résiduelle, catalyse de fantasmes et de blessures
d'une agression provoquée. // Etat de survie intégrant une mort potentielle. // Encore une machine qui
ne servira pas la grande machine, n'ayant pas pour d'autre fonction sociale que celle de l'art,
mettant au défi la production.// Loud pipes save lives (slogan : les echappements bruyants sauvent
des vies, par extension le silence tue.)
Texte de l'artiste, Excavatrice, catalogue des diplômes, esba 2006
Sac à dos à moteur , 2007
Sac à dos, moteur deux temps
Moteur pied, 2004
Matériaux divers, moteur quatre temps
Luc Mattenberger *1980
Studium esba - head Genf
Ausstellungen: Kunstpreis der Nationale Suisse, Liste 07, Basel; Artistes et créateurs d'aujourd'hui, Centre d'art contemporain, Genève, 06; Swiss Art Awards, Basel, 07; Plattform 07, Zürich
Preise: Kunstpreis der Nationale Suisse, 2006